Risques psychosociaux : les repérer, les mesurer, agir

Les familles de facteurs de risque, un questionnaire RPS prêt à adapter, les signaux faibles à surveiller et une démarche de prévention menée avec le CSE et les managers.

Par Romain Pennes · Mis à jour le 23 octobre 2026 · 10 min de lecture

Illustration : un salarié submergé par les sollicitations, symbole des risques psychosociaux au travail

Les risques psychosociaux se repèrent rarement dans un seul indicateur. Ils se lisent dans un faisceau : un absentéisme qui monte sur une équipe, des démissions précoces, des commentaires d'enquête qui parlent de charge ou de tensions. Ce guide présente les familles de facteurs, les obligations de prévention de l'employeur, un modèle de questionnaire RPS, et une démarche menée avec le CSE et les managers, où l'IA aide à repérer les signaux sans jamais exposer les personnes.

Risques psychosociaux : définition

Les risques psychosociaux (RPS) désignent les risques pour la santé mentale, physique et sociale des salariés engendrés par les conditions d’emploi, l’organisation du travail et les relations de travail. Le mot « risque » compte : on parle d’une exposition à des facteurs, avant même l’apparition de troubles.

On distingue habituellement trois grandes formes :

  • le stress au travail, quand la personne perçoit un déséquilibre entre ce qui lui est demandé et les ressources dont elle dispose pour y faire face ;
  • les violences internes, commises au sein de l’entreprise : harcèlement moral ou sexuel, conflits exacerbés entre personnes ou entre équipes ;
  • les violences externes, exercées par des personnes extérieures : clients, usagers, patients.

Les enquêtes internes menées avec un logiciel d’enquêtes RH et d’engagement donnent une mesure collective de l’exposition à ces risques, à condition de protéger strictement l’anonymat des répondants.

L’épuisement professionnel, ou burn-out, est souvent ajouté comme conséquence d’une exposition prolongée. Les conflits ordinaires de travail, quand ils sont pris tôt, relèvent plutôt de la gestion des conflits par le manager ; ils deviennent un risque psychosocial quand ils s’installent.

Risques psychosociaux au travail : les 6 familles de facteurs

Le rapport du collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail, présidé par Michel Gollac et publié en 2011, a proposé une grille de six familles de facteurs. Elle reste la référence la plus utilisée pour structurer un diagnostic.

Famille de facteurs Ce qu’elle recouvre Exemple en ETI
Intensité et temps de travail Charge, rythme, objectifs, horaires, difficultés de conciliation Équipe de service clients aux objectifs d’appels relevés après une migration d’outil
Exigences émotionnelles Contact avec la souffrance, tensions avec le public, nécessité de cacher ses émotions Agents d’accueil exposés aux incivilités, soignants en établissement
Manque d’autonomie Faibles marges de manœuvre, peu de participation aux décisions, sous-utilisation des compétences Opérateurs soumis à des cadences fixées sans concertation
Mauvaise qualité des rapports sociaux Manque de soutien, de reconnaissance, conflits, management défaillant Site où le manager change trois fois en deux ans
Conflits de valeurs Travail empêché, qualité sacrifiée, actions contraires à l’éthique professionnelle Commerciaux poussés à vendre des produits inadaptés
Insécurité de la situation de travail Peur de perdre son emploi, changements subis, avenir incertain Filiale en cours de cession, réorganisation annoncée sans calendrier

En pratique, les facteurs se combinent : une forte intensité supportée avec un bon soutien d’équipe n’a pas les mêmes effets qu’une forte intensité sans autonomie ni reconnaissance.

Les obligations de prévention de l’employeur

L’employeur est tenu d’une obligation de sécurité : il doit prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale des salariés. Cette obligation se traduit concrètement par plusieurs exigences :

  • Évaluer les risques, risques psychosociaux compris, et transcrire cette évaluation dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), tenu à jour.
  • Mettre en œuvre des actions de prévention à partir de cette évaluation, en agissant d’abord sur l’organisation du travail.
  • Prévenir le harcèlement moral et sexuel et réagir lorsqu’une situation est signalée.
  • Associer les représentants du personnel : le CSE a des attributions en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail, et les entreprises qui en sont dotées s’appuient sur une commission dédiée.

Les accords nationaux interprofessionnels sur le stress au travail (2008) puis sur le harcèlement et la violence au travail (2010) ont précisé le cadre de ces démarches. Les modalités exactes dépendent de votre effectif, de vos accords d’entreprise et de votre convention collective : pour un cas particulier, rapprochez-vous de votre conseil juridique et de votre service de prévention et de santé au travail.

Questionnaire RPS : un modèle structuré par famille de facteurs

Un questionnaire RPS mesure l’exposition collective aux facteurs de risque. Des outils validés existent, comme le questionnaire de Karasek (demande psychologique, latitude décisionnelle, soutien social), ou ceux mis à disposition par l’INRS. Le modèle ci-dessous est un questionnaire de repérage, à adapter avec votre service de santé au travail. Échelle : 1 = jamais, 2 = parfois, 3 = souvent, 4 = toujours.

N° Famille Question
1 Intensité et temps de travail Je dois travailler très vite pour tenir mes objectifs.
2 Intensité et temps de travail Je dépasse mes horaires pour terminer mon travail.
3 Intensité et temps de travail Je reçois des demandes contradictoires.
4 Exigences émotionnelles Je suis confronté(e) à des situations difficiles avec des clients, usagers ou patients.
5 Exigences émotionnelles Je dois cacher mes émotions au travail.
6 Autonomie Je peux organiser mon travail comme je le juge utile.
7 Autonomie Je suis consulté(e) sur les changements qui concernent mon poste.
8 Rapports sociaux Je peux compter sur mon manager en cas de difficulté.
9 Rapports sociaux Je peux compter sur mes collègues en cas de difficulté.
10 Rapports sociaux Mon travail est reconnu.
11 Rapports sociaux J’ai été témoin ou victime de comportements hostiles au travail.
12 Conflits de valeurs J’ai les moyens de faire un travail de qualité.
13 Conflits de valeurs On me demande de faire des choses que je désapprouve.
14 Insécurité Je suis inquiet(e) pour l’avenir de mon emploi.
15 Insécurité Les changements dans mon travail sont expliqués à l’avance.

Complétez par une question ouverte : « Qu’est-ce qui pèse le plus dans votre quotidien de travail ? ». Pour les questions formulées positivement (6 à 10, 12, 15), une réponse « jamais » signale l’exposition : inversez l’échelle à l’analyse.

Deux précautions. La question 11 peut faire remonter une situation grave : prévoyez avant le lancement un circuit d’écoute et d’alerte connu de tous (référent harcèlement, médecin du travail, ligne d’écoute). Et ce questionnaire peut s’intégrer dans un baromètre social existant, à condition d’en garder le noyau stable d’une édition à l’autre.

Signaux faibles : ce qu’il faut surveiller

Les enquêtes ne sont qu’une source. Un faisceau d’indicateurs, lus par population, permet de repérer tôt une dégradation :

  • Absentéisme de courte durée en hausse sur une équipe ou un site.
  • Turnover et démissions précoces, en particulier en période d’essai.
  • Accidents du travail et presque-accidents, souvent liés à la fatigue.
  • Demandes de mobilité concentrées sur un même service.
  • Verbatims d’enquêtes et d’entretiens qui évoquent la charge, l’épuisement, les tensions ou la perte de sens.
  • Alertes du CSE, du médecin du travail ou des managers.

Aucun indicateur ne suffit seul. C’est leur convergence, sur une même population et sur plusieurs mois, qui justifie d’approfondir.

Ce que l’IA et Teed changent dans le repérage

Dans une ETI de 3 000 salariés, une enquête produit des milliers de commentaires. Les signaux de risque y sont présents, dispersés, rarement lus à temps. Dans Teedia, l’IA détecte la tonalité et les signaux de risques psychosociaux dans ces verbatims, analysés en pseudonymisation, par population. Aucun résultat n’est affiché sous 5 répondants ; les petites équipes sont regroupées. Les données sont hébergées en France chez OVHcloud, dans le respect du RGPD et de l’AI Act : notre page RGPD et AI Act détaille ces garanties.

Concrètement, la responsable santé au travail demande à Teed, l’agent IA RH : « Dans quelles équipes les commentaires de la dernière enquête évoquent-ils une charge de travail excessive ? ». Teed signale les équipes concernées, la nature des mentions et leur évolution, sans jamais identifier un répondant. Il prépare ensuite une note pour la commission santé, sécurité et conditions de travail ou un tableau Excel par site, à confronter aux autres indicateurs.

Les limites sont claires : l’IA ne pose aucun diagnostic médical, n’évalue pas l’état de santé d’une personne et ne remplace ni le médecin du travail, ni l’analyse partagée avec le CSE. Elle propose des pistes de lecture ; les personnes compétentes décident.

La démarche de prévention : diagnostic, plan, suivi avec le CSE

1CadrerComité de pilotage avec le CSE, la santé au travail, les RH et la direction.
2DiagnostiquerIndicateurs, questionnaire, entretiens collectifs sur les unités prioritaires.
3AgirPlan d'actions inscrit au document unique, centré sur l'organisation.
4SuivrePulses ciblés, indicateurs, bilan partagé avec le CSE.
La démarche de prévention des risques psychosociaux en 4 temps

Cadrer. Un comité de pilotage réunit la direction, les RH, des représentants du CSE et le service de prévention et de santé au travail. Il fixe le périmètre, le calendrier et les règles de confidentialité.

Diagnostiquer. Le questionnaire donne une mesure large ; des entretiens collectifs sur les unités prioritaires expliquent les résultats. Le diagnostic porte sur le travail et son organisation, jamais sur les personnes.

Agir. Les actions de prévention primaire, sur les causes, sont les plus efficaces : renforts saisonniers, révision des objectifs, plannings communiqués plus tôt, clarification des circuits de décision. Elles sont inscrites au document unique avec un responsable et une échéance.

Suivre. Des pulses courts mesurent l’effet sur les populations concernées ; le bilan est partagé avec le CSE.

Le rôle des managers. Le manager de proximité agit sur la charge, l’autonomie, le soutien et la reconnaissance, et repère les premiers signaux. Dans Teedia, le plan d’actions d’une équipe rejoint son plan de développement dans le logiciel de management RH : le coach IA l’aide à préparer un échange difficile, à adapter son approche à chaque collaborateur, et les points de suivi trouvent leur place en one to one. Les managers sont aussi exposés : leurs propres résultats méritent la même attention. La prévention des RPS s’inscrit enfin dans une démarche plus large de qualité de vie au travail.

Comment choisir un outil pour mesurer les risques psychosociaux

Critère Ce qu’il faut vérifier Ce que fait Teedia
Anonymat Seuil d’affichage, regroupement des petites équipes Aucun résultat sous 5 répondants, verbatims pseudonymisés
Questionnaires Modèles adaptables, noyau stable dans le temps Modèles prêts à l’emploi ou questionnaire sur mesure
Signaux dans les verbatims Tonalité, thèmes de risque, par population Détection de tonalité et de signaux RPS par l’IA
Populations Sites, entités, métiers, horaires, issus du SIRH Filtres par site, métier, équipe ou population sur mesure
Suivi Comparaison dans le temps, pulses ciblés Carte de chaleur et évolution des réponses
Garde-fous IA Aucune décision automatisée, aucune identification L’IA propose, l’humain décide ; aucun répondant identifié
Hébergement Localisation, RGPD, AI Act En France chez OVHcloud

Agent IA RH

Le même travail, demandé à Teed

Teed, l'agent IA RH de Teedia, comprend le langage courant et travaille sur vos données réelles, dans le respect des droits de chacun.

Vous

Dans quelles équipes les commentaires de la dernière enquête évoquent-ils une charge de travail excessive ?

Teed

Analyse des verbatims pseudonymisés de l'enquête de septembre (3 120 répondants). Seules les équipes d'au moins 5 répondants sont affichées, aucun répondant n'est identifiable :

  • Service clients de Nantes (42 répondants) : 17 commentaires évoquent des journées prolongées et des objectifs d'appels intenables depuis la migration de l'outil ; tonalité nettement négative.
  • Plateforme logistique de Mâcon, équipe de nuit (28 répondants) : charge citée en lien avec l'absentéisme non remplacé ; score « charge compatible avec un travail de qualité » en baisse de 0,8 point.
  • Contrôle de gestion du siège (9 répondants) : mentions récurrentes des clôtures mensuelles, sans dégradation par rapport à l'an dernier.
  • Signal à examiner : à Nantes, 4 commentaires mentionnent des tensions avec les clients ; ce point relève des violences externes et du document unique.

Ces constats sont des signaux collectifs, pas un diagnostic. Je prépare une note pour la RRH de Nantes et pour la commission santé, sécurité et conditions de travail, avec les questions à approfondir sur le terrain ?

Avec Teedia

Des signaux RPS repérés tôt, sans jamais exposer les répondants

Dans Teedia, les enquêtes QVCT, baromètres et pulses alimentent une lecture collective des risques : tonalité et signaux de risques psychosociaux détectés dans les verbatims pseudonymisés, par population, et plans d'actions suivis.

Découvrir le logiciel d'enquêtes RH
  • Détection de tonalité et de signaux RPS dans les verbatims pseudonymisés
  • Aucun résultat affiché sous 5 répondants, verbatims pseudonymisés
  • Carte de chaleur par site, métier ou population, suivie dans le temps
  • Hébergement en France chez OVHcloud, RGPD et AI Act

Questions fréquentes sur les risques psychosociaux

Ce sont les risques pour la santé mentale, physique et sociale des salariés, liés aux conditions d'emploi, à l'organisation du travail et aux relations de travail. Ils se manifestent par du stress, des violences internes (harcèlement, conflits dégradés), des violences externes (agressions, incivilités de clients ou d'usagers) et de l'épuisement professionnel.
On distingue souvent le stress au travail, les violences internes à l'entreprise (harcèlement moral ou sexuel, conflits exacerbés entre personnes ou équipes) et les violences externes, exercées par des personnes extérieures comme des clients, usagers ou patients. L'épuisement professionnel, ou burn-out, est fréquemment ajouté comme conséquence d'une exposition prolongée.
Le rapport du collège d'expertise présidé par Michel Gollac, publié en 2011, regroupe les facteurs en six familles : l'intensité et le temps de travail, les exigences émotionnelles, le manque d'autonomie, la mauvaise qualité des rapports sociaux au travail, les conflits de valeurs et l'insécurité de la situation de travail. Cette grille sert de base à de nombreux questionnaires RPS.
Oui. L'employeur doit évaluer les risques professionnels, y compris les risques psychosociaux, et transcrire cette évaluation dans le document unique d'évaluation des risques professionnels, mis à jour régulièrement. Cette évaluation débouche sur des actions de prévention. Pour les modalités précises selon votre effectif, rapprochez-vous de votre conseil juridique ou de votre service de prévention et de santé au travail.
Le questionnaire de Karasek évalue la situation de travail selon la demande psychologique, la latitude décisionnelle et, dans sa version enrichie, le soutien social. La combinaison d'une forte demande et d'une faible latitude caractérise une situation de tension, associée à un risque accru pour la santé. Il sert au repérage collectif, pas au diagnostic individuel.
Une exposition durable peut entraîner des troubles du sommeil, de l'anxiété, des troubles dépressifs, de l'épuisement professionnel, des troubles musculosquelettiques ou des maladies cardiovasculaires. Pour l'entreprise, elle se traduit par de l'absentéisme, du turnover, des accidents et une dégradation de la qualité du travail. Le diagnostic médical relève des professionnels de santé.
On distingue la prévention primaire, qui agit sur les causes (organisation, charge, management), la prévention secondaire, qui aide les salariés à faire face (formation, soutien, régulation), et la prévention tertiaire, qui prend en charge les personnes en difficulté (accompagnement, cellule d'écoute, retour au travail). La prévention primaire est la plus efficace durablement.
Il doit l'être pour obtenir des réponses sincères. Fixez un seuil minimal de répondants par population et regroupez les petites équipes. Dans Teedia, aucun résultat n'est affiché sous 5 répondants, les verbatims sont analysés en pseudonymisation et les données sont hébergées en France chez OVHcloud.
Elle peut repérer des signaux collectifs dans les commentaires d'enquête : tonalité dégradée, mentions récurrentes de charge excessive, de tensions ou de perte de sens, par population. Ces signaux orientent la démarche de prévention. L'IA ne pose aucun diagnostic médical, n'identifie aucun répondant et ne remplace ni le médecin du travail ni l'analyse menée avec le CSE.
Le manager de proximité agit directement sur plusieurs facteurs : répartition de la charge, clarté des priorités, autonomie laissée, soutien, reconnaissance, régulation des conflits. Il repère aussi les signaux faibles dans son équipe. Il doit être formé, soutenu et lui-même protégé : les managers intermédiaires sont souvent exposés aux injonctions contradictoires.

Guides et modèles enquêtes RH

eNPS, baromètre social, QVCT, risques psychosociaux : la méthode, le questionnaire et la lecture des résultats.

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